Quelles sont les attaques actuelles du PLFSS 2026 et de la loi anti fraude ?

Voici un récapitulatif des principaux articles concernant la médecine libérale qui sont en cours d’examen à l’Assemblée Nationale et au Sénat réalisé par l’équipe de Médecins Pour Demain.

Nous alertons particulièrement sur l’article 21 :

  • Création de réseaux France Santé en lieu et place des MSP et CPTS actuelles. 130 millions d’euros dépensés pour un logo, qui ne créera pas de médecins par magie, qui sera apposé aux structures déjà existantes. De plus, ces structures risquent d’être un point de départ pour la capitation, c’est à dire le paiement au forfait, à se partager avec l’équipe de soins qui constitue la structure. Pour plus d’explication sur la capitation, rendez-vous ici et à la fin de l’article pour l’affiche qu’on avait faite en 2024.

  • La médecine esthétique soumise à autorisation de l’ARS. C’est la porte d’entrée à l’autorisation de l’ARS pour pratiquer une activité particulière. Quid dans un futur proche de la médecine du sport, médecine du sommeil…

Nous alertons également sur l’article 24 : Baisse des tarifs de certaines spécialités. Quelle sera la prochaine spécialité visée ?

Et enfin, l’article 31 : amende jusqu’à 10 000 € par an, par professionnel de santé si le DMP n’est pas consulté et rempli « suffisamment ». Quid du secret médical ? De l’accord du patient ?

Pour finir, la loi anti fraude inclut un article sur la Mise Sous Objectifs Obligatoire.

Peut-être doit-on rappeler la définition de la fraude : la fraude en matière civile ne se démarque guère de la fraude pénale. Il s’agit d’un acte qui a été réalisé en utilisant des moyens déloyaux destinés à surprendre un consentement, à obtenir un avantage matériel ou moral indu ou réalisé avec l’intention d’échapper à l’exécution des Lois.

Lorsque le médecin prescrit un arrêt de travail, il le fait dans l’intérêt du patient, mais ne gagne rien de plus à le faire ou à le refuser. Sa consultation sera au même tarif. (Très en dessous de la moyenne européenne qui pour rappel est autour de 50€). Ainsi, le mot « fraude » ne semble pas approprié mais ce problème lexical n’est pas le plus important.

Lorsque le médecin dépasse les statistiques d’arrêts de travail comparés à ses confrères et consoeurs alentours, la CPAM le cible et lui demande de baisser ses prescriptions.

Jusqu’à présent, il avait le choix entre la « mise sous accord préalable » (demander l’accord du médecin conseil de la sécurité sociale avant de valider un arrêt de travail) ou la « mise sous objectif » : la sécurité sociale fixe un objectif de diminution des arrêts de travail, en général autour de 20%. Si celui-ci n’est pas atteint, le médecin écope d’une amende pouvant aller jusqu’à plusieurs milliers d’euros.

Avec cette loi, il n’aura plus le choix, devra être « mis sous objectif ». Mais si le médecin faisait bien son travail et ne faisait pas d’arrêt de complaisance, comme une immense majorité de la profession, il ne pourra simplement plus arrêter son patient sous peine de risquer une amende.

C’est donc le patient qui en pâtira le plus (sans compter évidemment le préjudice moral du médecin). Cette loi est n’est pas en accord avec le code de déontologie puisque le médecin perd toute indépendance…

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Et voici un modèle de courrier avec les amendements proposés par Médecins Pour Demain, à envoyer à vos sénateurs et sénatrices !

CAPITATION : Explications

Communiqué de presse du 04/09/2023 : Indemnités journalières : stop aux mensonges gouvernementaux !

Depuis Juin 2023, le gouvernement (Bruno Le Maire, Elisabeth Borne, le nouveau ministre de la santé Aurélien Rousseau) et la CNAM mènent une campagne mensongère sur l’explosion supposée des « indemnités journalières ». Il s’agirait, entre autres, de « responsabiliser » et de « mettre sous objectif » les médecins qui prescriraient « trop d’arrêts maladies ».

Or, dans son rapport d’Août 2023 validé par l’Autorité de la statistique publique, la CNAM reconnaît une baisse de 14,5% des indemnités journalières (IJ) maladies sur la période « janvier – mai 2023 » versus la même période 2022. Une baisse de 9.5% toutes IJ confondues.

Rappelons d’abord que la « mise sous objectif » des médecins est anti-déontologique : on ne peut soumettre nos prescriptions individuelles, issue du colloque singulier médecin/patient, à des contraintes budgétaires imposées. On ne peut pas demander sous prétexte d’économies à un médecin de baisser « de 20 à 30% » ses prescriptions d’arrêts maladies au mépris des caractéristiques socio-démographiques de sa patientèle et de la décision médicale prise au terme d’une consultation complexe intriquant des facteurs bio-psycho-sociaux.

Lors des « entretiens » avec leur CPAM, les médecins se voient reprocher un nombre total d’indemnités journalières sans que l’on puisse leur reprocher d’arrêts injustifiés. Délit statistique.

Plus encore, le ministre Rousseau disait encore le 27 août 2023 que la hausse des arrêts maladies n’était « pas soutenable ». Ils avaient « bondi en 2022 de 7.9% ». Faut-il encore rappeler le contexte ? Explosion des troubles psychiatriques post-covid, délais d’accès aux examens complémentaires, spécialistes et kinésithérapeutes interminables, déprogrammations des interventions chirurgicales, raréfaction des médecins du travail, augmentation des actifs, recul de l’âge de la retraite (+4.2% d’IJ par an selon la cour des comptes pour la retraite à 62 ans).
Les médecins généralistes en sont-ils responsables ? Votent-ils le budget ? Le PFLSS ?

Faut-il rappeler que dans une publication de 2020, la DARES rapportait l’ampleur du présentéisme en France : les salariés se sont rendus à leur travail malgré un arrêt « plus d’un jour sur quatre ».

Ne faudrait-il pas responsabiliser les employeurs ? Revoir l’organisation du travail et les méthodes managériales, interroger davantage les salariés sur leurs conditions de travail pour déceler les problèmes liés à leur activité ? Accompagner les fragilités sociales, renforcer la prévention ? Peut-être est-il plus simple de taper sur les médecins que d’en discuter avec le MEDEF ?

Avec une telle baisse en 2023, comment comprendre les propos de Bercy et du ministre de la Santé ? A-t-il accès aux chiffres de la CNAM ? Est-ce de l’ignorance, de l’incompétence ou du mensonge ?

Annexe :