Lettre ouverte à Madame la Ministre de la Santé, Stéphanie Rist : pour que cesse le “médecins-bashing”

Madame la Ministre,

Chère Consœur, 

Nous, médecins de terrain, unis au sein de Médecins Pour Demain, voulons aujourd’hui dire stop.

Stop à la défiance, stop à la stigmatisation, stop au soupçon permanent qui entoure notre profession.

Depuis trop longtemps, les médecins sont dépeints comme des privilégiés, des égoïstes, des “nantis” insensibles aux réalités économiques. Depuis trop longtemps, les discours officiels eux-mêmes laissent entendre que nous serions devenus un problème à contrôler plutôt qu’une solution à renforcer.

Pourtant, derrière chaque cabinet, chaque service, chaque blouse, il y a des femmes et des hommes qui soignent, qui écoutent, qui tiennent debout un système qui s’effondre.

Une profession à bout de souffle

Nous sommes à bout de souffle.

Les journées sans fin. Les gardes qui s’enchaînent. Les week-ends qui disparaissent. Les formulaires, les contrôles, les protocoles, les sanctions.

Nous exerçons dans un contexte de crise chronique : fermetures de lits, pénurie d’effectifs, inflation des normes, absence de reconnaissance.

Et chaque année, un nouveau texte vient alourdir la charge : le PLFSS 2026 prolonge une fois de plus la logique du soupçon et de la contrainte.

Jamais la médecine française n’aura été à ce point épuisée : les hôpitaux débordent, les libéraux croulent, les jeunes désertent, les vocations s’éteignent.

Nous ne demandons pas des privilèges, mais du respect.

Nous ne demandons pas l’immunité, mais la confiance.

Deux médecines complémentaires, pas concurrentes

On oppose sans cesse l’hôpital et la ville, le salarié et le libéral, le public et le privé.
Mais ce sont les deux poumons d’un même corps.

Quand la médecine libérale s’épuise, l’hôpital explose.

Quand l’hôpital suffoque, la ville sature.

Cette rivalité entretenue par les discours politiques et médiatiques est absurde et dangereuse.

Nous partageons la même vocation : soigner.

Nous faisons face aux mêmes contraintes : manque de temps, surcharge, découragement.

Et nous portons la même espérance : celle d’un système de santé juste, humain, cohérent.

Une politique de santé sans cap ni cohérence

Depuis trop d’années, les politiques de santé changent de direction à chaque gouvernement.
Plans successifs, réformes inachevées, promesses éphémères : aucune vision d’ensemble ne se dégage.

Les médecins, eux, n’ont plus de lisibilité.

Tout est devenu gestionnaire : chaque acte est chiffré, chaque minute contrôlée, chaque décision budgétée.

Mais une politique de santé ne se pilote pas à coups de tableurs.

Les logiques comptables peuvent se comprendre : l’argent public doit être utilisé à bon escient.
Mais lorsque la comptabilité prend le pas sur le soin, lorsque le chiffre devient la mesure de tout, alors la santé n’est plus un service public — c’est une mécanique froide, déshumanisée, inefficace.

Le PLFSS 2026, entre autre, illustre cette dérive : coercition, sanctions, suspicion. On prétend faire des économies, mais on crée surtout du découragement et du désengagement.
La continuité des soins ne se décrète pas par la peur : elle se construit par la confiance et la reconnaissance.

Une défiance d’État devenue culturelle

Depuis plusieurs années, nous voyons s’installer une rhétorique dangereuse : celle du soupçon.

Fraudes, arrêts abusifs, dépassements, profits : le médecin devient suspect par principe.

Ce discours, répété et amplifié, sape la confiance entre la société et ses soignants.

Il est d’autant plus cruel qu’il vient parfois de responsables publics qui devraient savoir — vous la première, Madame la Ministre — ce qu’est la vie d’un médecin.

Vous avez porté la blouse. Vous connaissez les nuits blanches, la responsabilité, les familles qu’on accompagne, les échecs qu’on porte.

C’est pourquoi nous en appelons à votre conscience : mettez fin à cette logique de défiance institutionnelle.

Redonnez à la médecine française la place qu’elle mérite : celle d’un pilier de la Nation, pas d’un centre de coût.

Nos attentes

Nous demandons une politique de santé qui repose sur quatre principes simples :

  1. Le respect : reconnaître la valeur et la dignité de chaque médecin, quel que soit son mode d’exercice.
  2. La confiance : construire les réformes avec les soignants, et non contre eux.
  3. La cohérence : cesser les réformes successives sans vision d’ensemble, redonner une trajectoire lisible au système de soins.
  4. L’équilibre : replacer l’humain avant le chiffre, la santé avant la statistique, le soin avant la suspicion.

Nous demandons à l’État d’affirmer clairement que les médecins ne sont pas des profiteurs, mais des serviteurs de la santé publique.
Que la médecine libérale et la médecine hospitalière ne sont pas concurrentes, mais indissociables.
Et que la santé n’est pas une variable d’ajustement budgétaire, mais le fondement même du pacte républicain.

Madame la Ministre, un choix s’impose

Vous avez aujourd’hui la possibilité d’ouvrir un nouveau chapitre : celui de la réconciliation entre la Nation et ses soignants.

Cessez les messages de suspicion.

Donnez du sens, du souffle, du respect.

Rendez à la médecine sa dignité.

Les médecins de France sont encore debout, mais à bout de force.

Ne les laissez pas tomber.

Car lorsqu’ils tomberont, c’est tout le système de santé qui s’effondrera avec eux.

Veuillez croire, Madame la Ministre, à l’expression de notre profond respect et de notre engagement au service du soin, des patients et de l’intérêt général.

Médecins Pour Demain

Ci dessous la lettre ouverte accessible en téléchargement :

Communiqué de presse du 10 mars 2025

Le « Collectif du 12 Mars » organise un mouvement national contre les violences faites aux soignants

Après une première phase médiatique, le « Collectif du 12 Mars », qui regroupe des professionnels paramédicaux, des médecins, des pharmaciens, des collectifs et des syndicats organise la manifestation nationale du 12 mars 2025.

Car,

Il est urgent d’agir et dire STOP aux violences.

Il est urgent d’appeler à une mobilisation massive de tous les acteurs politiques et de la société civile, afin d’engager des mesures immédiates de prévention, de protection, de sanction, et des moyens dédiés.

Il est urgent d’élargir le délit d’outrage aux soignants dans l’exercice de leurs fonctions, afin de dissuader et de prévenir.

Il est urgent de considérer comme un délit toutes les violences perpétrées à l’encontre des soignants dans l’exercice de leurs fonctions.

Il est urgent que les pouvoirs publics, le ministère de la santé et de la justice, travaillent sur ce sujet essentiel à la continuité des soins et à l’attractivité des professions de soins.

Il est urgent d’informer les patients et de nouer une alliance bénéfique à tous, et au système.

A partir de 10 heures, une conférence de presse aura lieu à l’Hôtel Westminster, 13 rue de la paix dans le 2e arrondissement de Paris.

Celle-ci débutera par une communication générale du porte parole du collectif, associée à des témoignages de soignants victimes. La presse aura ensuite la possibilité de participer à une séance de questions ouvertes.

Plusieurs rassemblements sont organisés :

  • à partir de 11 heures devant le ministère de la Santé, puis une délégation sera reçue au ministère à Paris
  • à partir de 14h devant le tribunal à Lille
  • à partir de 14h devant la préfecture à Marseille
  • à partir de 11h30 à Montpellier, place du Marché aux Fleurs

Rappel des propositions de Médecins Pour Demain pour lutter contre la violence faite aux soignants :