Monsieur le Premier Ministre,
Vos déclarations dans le Journal du Dimanche ont profondément choqué nombre de soignants. Elles trahissent une méconnaissance flagrante du quotidien des médecins, tout en alimentant une forme de mépris, injuste et dangereuse, à l’égard d’une profession que vous accusez, en substance, d’irresponsabilité.
Faut-il rappeler que lors de la crise du Covid, c’est cette profession – sans protection, sans moyens, et parfois au prix de sa vie – qui a tenu la digue ? Que les médecins ont soigné, écouté, rassuré, souvent dans l’isolement et l’épuisement total ? Comment peut-on aujourd’hui jeter le soupçon d’indifférence sur celles et ceux qui tiennent encore debout un système de santé à bout de souffle ?
Vous affirmez par ailleurs que les médecins sont « rémunérés par la Sécurité sociale ». Cette affirmation est factuellement fausse. La Sécurité sociale est un organisme de nature assurantielle, institué par les ordonnances d’octobre 1945, dont le rôle est de garantir l’accès aux soins à tous les citoyens. Les médecins sont rémunérés par les patients, via le remboursement d’actes médicaux – ce n’est pas un détail sémantique, c’est une différence, de fond, que l’on attend d’un chef de gouvernement qu’il maîtrise.
Vous évoquez également le coût des études de médecine pour l’État. Faut-il vraiment vous rappeler que sans les internes – surexploités, sous-payés, envoyés parfois à leurs frais à des centaines de kilomètres de chez eux – les hôpitaux publics cesseraient tout simplement de fonctionner ? Que leur taux de burn-out et de suicides est le plus élevé de toutes les professions de santé ? Ce que ces jeunes médecins attendent, ce n’est pas une dette de gratitude, c’est un minimum de respect pour les sacrifices qu’ils consentent.
Enfin, vous accusez la profession d’« indifférence ». Mais c’est bien elle qui, depuis des années, colmate les brèches provoquées par des politiques successives qui ont organisé la pénurie médicale (notamment via le numerus clausus), laissé dépérir les territoires ruraux, et désinvesti massivement dans la santé. Ce sont les médecins qui tiennent les centres de soins, les urgences, les cabinets désertés. Ce sont eux qui maintiennent un lien social et humain, là où l’État s’est souvent effacé.
Monsieur le Premier Ministre, dans une période où notre pays traverse des incertitudes majeures, le rôle d’un chef de gouvernement n’est pas d’opposer, de caricaturer, ou de désigner des boucs émissaires. Il est de rassembler, de comprendre, et de soutenir ceux qui tiennent encore la République debout.
Les médecins n’attendent pas des éloges : ils attendent de la reconnaissance, et surtout, qu’on cesse de les humilier.
Respectueusement,
Contact Presse : medecinspourdemain@gmail.com
Lien de l’article du JDD dans lequel François Bayrou énonce des contre-vérités.
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